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Fête de la science Normandie
Pascale Ezan en entretien dans une cuisine ; en incrustation : chercheuse au laboratoire NIMEC, professeure à l'université Le Havre Normandie, ambassadrice Fête de la science 2026.

Qui est Pascale Ezan, ambassadrice de la Fête de la science 2026 ?

Pour représenter la 35e édition de la Fête de la science sur le thème « saveurs savantes », avoir le goût des sciences ne suffisait pas : encore fallait-il avoir la science du goût. Pascale Ezan a les deux, et une infinie passion pour son domaine de recherche : l’impact du numérique dans nos comportements alimentaires. Un menu de choix…

Oubliez le scientifique en blouse blanche. Pour ses recherches, Pascale Ezan, l’ambassadrice de la Fête de la science 2026, a plus besoin d’une bonne connexion internet et d’une fourchette que d’un microscope et d’éprouvettes. Et pour cause, cette chercheuse dissèque depuis plus de dix ans l’impact du numérique dans nos habitudes alimentaires. « Quand on s’est lancé, on nous regardait un peu avec suspicion, se rappelle Pascale Ezan, 62 ans, chercheuse du laboratoire Normandie, innovation, marché, entreprise et consommation (NIMEC) et professeure à l’université Le Havre Normandie. Aujourd’hui, avec la loi sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, on voit bien que ces questions sont totalement dans l’actualité ! »

Pokémon et Skyblogs

Devenir ambassadrice de la Fête de la science 2026 est donc une « immense reconnaissance » pour ses travaux, qu’elle mène au quotidien avec une équipe d’une quinzaine de personnes. Professeure agrégée en lycée en économie-gestion « pendant longtemps », Pascale décide, après sa thèse à Caen, d’explorer l’influence du marketing sur le comportement des enfants à travers les objets à collectionner — « la mode des Pokémon, vous vous souvenez ? » — avant de s’orienter vers l’alimentation et le numérique. « J’ai trouvé que c’était un champ extrêmement vaste et complexe avec des enjeux très intéressants en termes de santé publique et de société. Mais on ne parlait pas encore de réseaux sociaux : j’ai commencé par les Skyblogs ! »

Un cap est franchi il y a dix ans, quand son équipe est approchée par le CHU pour parler des dérives alimentaires. « À l’époque, la causalité entre l’anorexie et les réseaux sociaux n’était pas établie. Mais voir des filles maigres à longueur de journée sur son écran, ça pose forcément question. »

« Les dangers des réseaux sociaux, c’est qu’on est trop devant l’écran »

Suivent le projet de recherche Alimentation et numérique (Alimnum), mené auprès de jeunes de 18 à 25 ans, afin d’étudier l’impact de leur consommation numérique sur leur santé, et l’enquête participative MEALS – MangEr Avec Les réseaux Sociaux, tous deux financés par l’ANR (agence nationale de la recherche). Dans ce cadre, des ateliers ont été menés depuis 2024 avec les étudiants, des cours de cuisine avec un chef à partir de recettes puisées sur les réseaux sociaux. « Le danger des réseaux sociaux, c’est qu’on est trop devant l’écran. Les jeunes se régalent en scrollant des contenus food, en regardant d’autres gens faire des recettes, mais ils ne passent pas à l’acte. Pendant les ateliers, on a vu des étudiants qui ne savaient pas éplucher une pomme de terre, qui ne savaient pas ce qu’était un économe ! L’un d’eux nous a raconté qu’il adorait Top Chef, et qu’il profitait de la coupure pub pour faire chauffer ses pâtes Bolino au micro-onde… C’est tout le paradoxe. »

Pour autant, Pascale Ezan et son équipe ne diabolisent pas les réseaux sociaux. Au contraire, ils sont un formidable vecteur pour ce qu’elle appelle le « marketing vertueux ». « On le voit bien avec le phénomène des influenceurs healthy. Ils incitent les jeunes à manger plus sainement, à pratiquer une activité sportive régulière… C’est bien plus efficace que le slogan cinq fruits et légumes par jour ! »

Le rôle des influenceurs

Mais dans le fond, en quoi l’influence des réseaux sociaux est-elle différente d’une pub pour une marque de soda, qui nous somme de secouer la bouteille sinon la pulpe elle reste en bas ? « Une publicité, vous savez que c’en est une. Même les enfants savent très bien identifier ça dès l’âge de 6 ou 7 ans, et sont mis en garde très tôt par leurs parents de ne pas croire tout ce qui est dit dans les publicités. Mais avec les réseaux sociaux, on est sur de l’intime. Les influenceurs, ils vous ressemblent, vous vous identifiez à eux. S’ils vous disent de manger tel ou tel plat, vous avez envie de les suivre. » D’où l’appétit fulgurant pour des produits absents des supermarchés il y a encore quelques années, comme les graines de chia ou le konjac, ou les concepts culinaires que tout le monde veut tester et qui se multiplient en un temps record dans les centres-villes, comme le bubble tea ou le crousty…

Si le projet MEALS arrive à son terme à la fin de l’année 2026, Pascale Ezan sait que la prochaine étape sera de se concentrer sur l’intelligence artificielle. « C’est déjà en train de changer nos comportements alimentaires. Vous lui dites ce que vous avez dans le frigo et l’IA vous compose des recettes sur mesure. C’est l’individualisation poussée à l’extrême, contrairement aux réseaux sociaux qui sont tournés vers le collectif : tout le monde regarde les mêmes contenus et veut partager ce qu’il mange. »

D’ailleurs, Pascale Ezan en a conscience : à force de scruter les réseaux sociaux, elle aussi a succombé ! « Je dois avoir mis de côté 4500 recettes… que je ne ferai probablement jamais ! Et avec l’équipe on s’est rendu compte qu’on avait tendance à parler comme les influenceurs qui commencent souvent leurs phrases par “est-ce que vous savez”. » Preuve que son sujet d’étude touche vraiment tout le monde !

Sur le sujet : les rendez-vous de la Fête de la science

Les travaux de Pascale Ezan et de son laboratoire irriguent plusieurs rendez-vous du programme normand. Le parcours complet est détaillé ici.

Les articles de Pascale Ezan à lire sur The Conversation

Texte : Céline Bruet
Vidéo : Bastien Vannoni
Photo : © Science Action Normandie

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